La politique textuelle et visuelle (controversée) de Facebook

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« Le sexe fait vendre ». Un peu de nudité dans vos publicités Facebook ne fera donc pas de mal, si ? Détrompez-vous, elle n’est pas autorisée sur le réseau social de Mark Zuckerberg. À moins que… Oui, il existe certaines exceptions, mais la politique en la matière n’est pas très claire. Quels sont les textes et images autorisés sur Facebook ? Mieux vaut essayer d’obtenir la réponse à cette question avant de voir vos publications retirées du site ou votre profil complètement bloqué.

Free the nipple

« Scandaleux ! », « Hypocrite », les commentaires sur la politique de Facebook ne sont pas tendres. Les utilisateurs ne comprennent pas toujours pourquoi certaines images et certains textes sont prohibés sur les sites de réseaux sociaux, tandis que d’autres (« beaucoup moins vulgaires ! ») ne le sont pas.

Les exemples à l’origine d’importants remous sont connus. D’innombrables photos d’accouchement ont été supprimées, tout comme des photos de femmes ayant subi une ablation mammaire ou de mères donnant le sein à leur enfant. Ces images ont été retirées sans ménagement du site, même si elles ne montraient souvent qu’un demi, voire aucun, mamelon.

Les photos d’allaitement sont exclues de Facebook, même si elles ne montrent que peu de nudité.

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Facebook a été sévèrement critiqué pour cette forme de censure par des femmes (et des hommes) qui trouvent que le site applique une morale à géométrie variable et ne veut pas montrer la vie telle qu’elle est. Un contre-mouvement est donc né sous l’appellation « FreeTheNipple », non seulement sur Facebook, mais aussi sur Instagram (qui mène la même politique) et d’autres réseaux sociaux. Plusieurs femmes ont ainsi remplacé leurs propres tétons sur les photos par des mamelons d’homme, qui ne provoquaient visiblement aucune irritation. La manifestation semble avoir fonctionné, car Facebook a assoupli sa politique au milieu de l’année 2014. Tout à coup, les photos de mères en train d’allaiter ont pu rester sur le site, du moins si elles restaient discrètes et n’étaient pas trop révélatrices. Un certain pourcentage n’a toutefois pas été accepté.

Pornographie enfantine ou document historique ?

Prenons un autre exemple, plus récent. Le journal norvégien Aftenposten a publié sur sa page la célèbre photo de Kim Phuc « la petite fille au napalm » qui, à neuf ans, a fui les atrocités de la guerre, nue et en pleurant.

L’image célèbre a été supprimée, ce qui a lancé une tempête de protestations. Espen Egil Hansen, le rédacteur en chef de l’Aftenposten, a écrit une lettre ouverte à Mark Zuckerberg et d’autres utilisateurs de Facebook, dont Erna Solberg, la ministre-présidente norvégienne, ont publié cette photo en masse sur leur profil. Avant qu’elle ne soit effacée partout.

Dans un premier temps, Facebook a défendu la décision de supprimer la photo. Un porte-parole du réseau social a expliqué qu’il est difficile de distinguer une photo d’enfant nu dans différentes situations. Mais la société a ensuite changé d’avis et a reconnu l’importance historique de la photo dans une déclaration écrite.

Censure : ne riez pas…

La nudité et l’intimité ne sont pas les seuls thèmes qui posent question. La politique est aussi un sujet sensible pour Facebook. Il y a quelques mois, deux caricatures d’Erdogan réalisées par le dessinateur néerlandais Ruben L. Oppenheimer ont ainsi été supprimées. L’une des deux a réapparu plus tard en ligne. Selon la société même, Facebook s’était en effet « trompée ».

Mais Facebook ne redoute pas seulement les images osées. Les textes choquants sont également effacés. Après le coup d’État raté en Turquie, un poème anti-Erdogan de la chroniqueuse Annabel Nanninga a, par exemple, été mis à la corbeille. Bien sûr, les réactions n’ont pas tardé : selon les détracteurs de la politique, Facebook marcherait au rythme d’Ankara.

Modération de contenu aux Philippines

La question est bien sûr de savoir comment Facebook détermine ce qui est acceptable ou non sur le site. Bien que l’entreprise ait développé un logiciel de reconnaissance faciale très développé, la décision est quand même prise par des personnes et non par des algorithmes.

Qui s’occupe de la modération de contenu sur Facebook ? La réponse à cette question est un secret bien gardé. Les modérateurs doivent en effet signer une déclaration de confidentialité et les interviews avec la presse sont logiquement très rares.

Dans tous les cas, ce poste ne semble pas très enviable. Regarder et juger des photos et vidéos signalées affecte inévitablement la personne qui le fait. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui ne tiennent que quelques mois.

Le poste de modérateur chez Facebook n’est pas forcément enviable.

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En 2013, Amine Derkaoui, un jeune modérateur marocain, a toutefois rompu le silence entourant son travail pour Facebook. Il a raconté au journaliste Adrian Chen qu’il travaillait pour oDesk, une entreprise américaine qui recrute de la main-d’œuvre dans les pays à bas salaires afin de modérer du contenu pour, entre autres, Facebook, YouTube, Google et Microsoft.

Les pays comme la Turquie, l’Inde, le Mexique et les Philippines apparaissent en effet comme les endroits parfaits où recruter de la main-d’œuvre pour la modération de contenu. Les travailleurs sont hautement qualités et connaissent la culture américaine, tout en étant très bon marché. Derkaoui et ses collègues ne gagnaient qu’un dollar par heure pour regarder, jour après jour, des photos de décapitation et de blessures.

Sujet à interprétation

La politique de contenu de Facebook est consultable sur la page « Standards de la communauté » du site. Outre les règles concernant les droits d’auteur et le respect de la vie privée, Facebook évoque les directives visant à garantir la sécurité des utilisateurs et éviter tout comportement irrespectueux.

Les contenus suivants sont interdits pour garantir la sécurité des utilisateurs :

  • menaces directes
  • automutilation et suicide
  • organisations dangereuses
  • harcèlement et intimidation
  • attaques à l’encontre de personnalités publiques
  • activité criminelle
  • violence et exploitation sexuelles
  • vente de marchandises réglementées (drogues, armes…)

Pour encourager un comportement respectueux, sont également interdits :

  • la nudité
  • les discours incitant à la haine
  • le contenu violent et explicite

Ne vous attendez pas à ce que Facebook vous explique en détail ce que ces catégories comprennent. L’explication sur le site est très sommaire et donc sujette à interprétation. Si vous voulez être sûr à cent pour cent de pouvoir utiliser vos textes et images, placez-les de préférence sur vos propres canaux. Sur Facebook, vous n’êtes jamais sûr que les censeurs les laisseront passer.

Une morale universelle

D’un point de vue juridique, Facebook a le droit de supprimer des textes, vidéos et images de son site. Les experts d’internet estiment toutefois que le réseau exerce une fonction publique en tant que plateforme journalistique. En ne publiant pas certains messages, Facebook influence l’image du monde qu’ont ses utilisateurs, qui utilisent le site comme une source importante d’informations.

On peut alors se demander pourquoi une entreprise comme Facebook voudrait se positionner en tant que défenseur de la morale. C’est bien sûr une question d’argent. 1,6 milliard de personnes utilisent le réseau à travers le monde, et Facebook ne veut bien sûr pas les offenser. Ou, comme le dit le quotidien néerlandais Nrc.nl, si un Suédois met de la pornographie en ligne, il faut à tout prix éviter qu’un utilisateur saoudien ne le voie dans son fil d’actualité et s’en offusque. La morale de Facebook est une morale qui doit convenir au monde entier.

Executive Summary

« Le sexe fait vendre ». Un peu de nudité dans vos publicités Facebook ne fera donc pas de mal, si ? Détrompez-vous, elle n’est pas autorisée sur le réseau social de Mark Zuckerberg. À moins que… Oui, il existe certaines exceptions, mais la politique en la matière n’est pas très claire.

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